Encore une note à compléter :/ (par les images et les liens,...)
A constater la cadence de mes twitts, il devenait plus sain que j’écrive une nouvelle note.
Hier, j’ai pu assister à la rencontre d’un artiste qui m’a profondément inspiré. Il m’a plutôt encouragé à continuer ce que j’aimais faire, à travers l’essence de son travail qui est l’authenticité. Le chemin, artistique, que je prenais a souvent rencontré des formes qui tendaient à me resituer vers quelque chose de plus actuel, contemporain, ce que j’ai fait. Ainsi, au profit d’un encrage dans le monde présent, je me suis ravisée sur certaines formes que j’aimais, les formes plus populaires, comme : La culture manga, culture japanophile que j’ai su me réapproprier, en parallèle de leur appropriation autonome vers les terrains de « la mouvance actuel ». (Murakami à Versailles le démontre assez bien). La culture de la musique métal, que j’ai plutôt mis de côté malgré un retour vers le punk et la musique batcave (de manière superficielle). La culture « brocante », je ne saurai comme la nommer en fait.
J’essaie de suivre la vie moderne et de suivre le courant pour ne pas trop souffrir de ma marginalité, déjà trop affirmée pour certaines personnes. (Apparemment pour une assistante sociale être « artiste » (bien que je sois styliste, et ça rejoins les arts appliqués à l’industrie) constitue déjà une tare assez contraignante).
Je garde un œil sur le chemin de la vie active, que je considère au fond de moi-même assez éloignée de mes principes (en gros je ne suis pas dans une logique (néo-)libéraliste, mais j’aimerai un rapport plus humain, dans le sens de la nature, du respect, de la santé, de la culture, voire de la religion païenne, peut être traditionnelle…).
Une des chose que j’ai apprise était de jeter les objets inutiles. J’ai fait un grand pas ce mois ci en jetant notamment les tickets de caisses que je gardais. J’ai une tendance à la collection, l’archivage, l’accumulation, à la récupération, au détournement. Cela vient je suppose au fait que je n’avais pas grand-chose quand j’étais petite. Peu de jouets pour Noël, peu de vêtements neufs, rien qui ne stimule mon imagination, ni livre, ni personnes pour m’accompagner dans des musées, j’ai donc commencé, comme beaucoup d’enfants et j’espère encore aujourd’hui, par collectionner des cailloux. C’était un véritable trésor, chaque petit minéral, avec ses particularités avait une identité. Cette attention que je donnais à des choses qui pour les adultes dont considérés comme sans valeur, créait une charge émotionnelle, une vie, un égrégore puissant. Je me souviens en CE1 il me semble, avoir au côté de la barbie d’une camarade, un mouchoir tordue et retordue qui sous les traits de mon imagination était une princesse.
J’ai continué à accumuler les objets qui pouvaient être des futurs matériaux, puis le fait de devoir déménager, de ne pas avoir de véritable chez moi (j’ai toujours ma chambre chez mes parents comme lieu fixe), m’a imposé de lester mes trésors de ma vie imaginative vers la vie active, recherche d’emploi rendez vous d’humiliation avec des conseillers administratifs fascistes, heures perdues à garder un œil sur son sac dans les transports en commun, la vraie vie donc, celle qui est valorisée, encouragée et légitime. Car si tu dis à quelqu’un que dans ta vie tu collectionnes des cailloux, non pas des pierres précieuses, des cailloux, il te trouvera moins intéressant que si tu te perds dans les affres administratives pour finir dans un 35h pourri avec des collègues qui te parlent du programme télé, avec la seule ambition le soir de te trouver un plat cuisiné à base de sel et de tumeurs carnées qui te laisse le temps pour consulter tes mails à base de « kikou ça va ? ».
Finalement j’ai continué à porter des vêtements chargés par le passé de fantômes, que je sortais d’un bac dans des brocantes de Seine et Marne. Je n’étais pas du tout quelqu’un de présentable, je n’avais pas de vêtements en viscose désagréable qui en plus de l’électricité statique, maintient l’exploitation de pétrole à des cadences monstrueuses en termes de pollution, ces vêtements n’étaient chargés que des fantômes des ouvriers du tiers monde sous payés, dont le marché rendait responsable la suppression de milliers de postes par l’arrêt d’usine nationale qui respectait trop les normes de sécurités, d’hygiène et de condition de travail, facteurs non rentables aujourd’hui.
Dans la vie active, la vraie, celle qui est préconisée, il faut être super actif, sinon tu n’es rien, ni quelqu’un d’intéressant, ni quelqu’un qui mérite son salaire ou la reconnaissance. Même parmi les activités artistiques, l’art, le cinéma, la musique, tu dois montrer, faire semblant, spammer fort, donner à voir du contenu émotionnel fort qui crée virtuellement l’image de l’authenticité tout en bafouant les simples règles de politesse, au fond tu n’es rien, juste un porte manteau recouvert de médailles en plastique plaqué or, car tu n’as même plus le temps pour pouvoir apprécier la qualité d’un matériau noble, la qualité tout court.
Quand j’avais 14 ans, j’avais vu le clip prison sex de Tool, déjà je voulais m’éloigner de ce genre musical. Je savais que l’avenir n’était pas vers ce style visuel là, cette animation image par image, puis les thèmes trop vu, trop exploités. Mais j’ai gardé ça dans mon cœur. J’ai gardé dans un coin de mon cœur l’attrait pour l’esthétique « fake-indus », je ne sais pas trop comment la nommer. Je continuais à collectionner les déchets métalliques urbains, les écrous rouillés, que je transformais en perles. J’ai fini par assumer ce goût et j’ai travaillé en seconde année de BTS sur ces déchets, ces objets déchus, qui ont perdu leur valeur utilitaire, pour être jeté, tel un porteur de Lumière dans le caniveau.
Puis j’ai eu Internet et j’ai découvert Jan Svankmajer, grâce à Trevor Brown, qui dans le partage de ses goûts a été le meilleur professeur que j’ai eu. Je suis peut être un peu déçue dans la rencontre d’hier des problèmes posés par la traduction, et le fait que monsieur Svankmajer n’ai pas pu parler de ce qu’il pensait des générations futures, de l’héritage qu’il aurait pu laisser et notamment des frères Quay, cités dans les questions à la fin.
Hier j’ai regardé quelques courts métrages au cinéma qui dorment depuis longtemps dans mon disque dur, et le travail sur les objets détournées ou auxquelles on donne une nouvelle vie, et son court métrage avec les pierres m’ont guidé de nouveau vers ces questions existentielles, à savoir qu’est ce que la vie ? Est ce la course à la reconnaissance en décrochant un rôle de figurant dans cette comédie qu’est la société, ou est ce contempler des cailloux en leur donnant une âme grâce à notre potentiel imaginatif ?
Dans mes démarches plastiques d’utilisation de matériaux, dans la volonté de créer du caractère plutôt qu’un produit commercial avec des matériaux rentables et rapides à exécuter, ces questions me tourmentent, car je me place plus du côté de la valeur émotionnelle d’un objet, d’un vêtement, de son caractère unique que dans une culture moderne du jetable, de l’échangeable, de l’obsolescence etc,… J’ai peu d’espoir dans les perspectives de mon chemin choisi, parce que même si je sais que c’est possible, je n’ai pas l’énergie pour survivre dans un monde dans lequel je ne me retrouve pas. N‘ayant aucune passion dans le combat, aucune fierté à gagner, je me sens désarmée, mais par le choix même de ne pas porter d’armes.